Hiver 2009 / Maryse: Coup de cœur pour une petite haïtienne

Grâce au centre d’accueil pour les tout-petits de Compassion à Port-au-Prince, une petite haïtienne a pu être sauvée de conditions de vie qui la conduisaient tout droit au pire. Maryse Paul, une Haïtienne de six ans, jouit aujourd’hui d’une vie saine et d’un encadrement stimulant. Accueillie au centre d’accueil HA-724 de Compassion, c’est une vraie rescapée. 

La mère de Maryse est mentalement déficiente. Son père les a abandonnées pour cette raison, quelques semaines après sa naissance. Depuis ce jour-là, Maryse a habité chez une de ses tantes, qui vivait dans une grande pauvreté.

Échec d’une adoption
En 2007, des responsables de Compassion Haïti découvrent la triste situation de Maryse. Ils l’inscrivent donc dans le centre de survie pour les tout-petits. Elle reçoit dès lors de bons repas chauds et même un supplément à emporter à la maison. Ce supplément ne lui bénéficie cependant pas directement, mais aux membres de sa famille qui souffrent aussi de la faim. Par ailleurs, Maryse ne peut pas se rendre régulièrement au centre d’accueil, parce qu’il est éloigné de son domicile et qu’elle doit se déplacer par ses propres moyens. En conséquence, elle est mal nourrie et ne peut bénéficier de l’aide de Compassion.

Un responsable de Compassion sur place imagine alors de la confier à une famille plus proche du centre. Malheureusement, la procédure est trop compliquée et il doit abandonner. Le temps passe et les conditions de vie de Maryse restent inchangées.

Visite providentielle
Fin juillet 2008, lors d’un voyage en Haïti, je visite la maison d’un enfant parrainé qui vit dans le même quartier que Maryse. Je suis profondément interpellé par le sort de cette petite fille fluette, abandonnée par ses parents. Je prends alors des renseignements sur sa situation auprès de Dunia Origène et Jean-Robert Legouté, responsables du CSP. J’apprends les circonstances qui ont entouré sa naissance, le 7 juin 2003 et son histoire. Lorsque je l’ai vue, elle pesait onze kilos et demi. À partir de ce moment-là, je me promets de lui venir en aide coûte que coûte.

Toute une famille bénéficiare
Maryse étant complètement dépendante de sa tante, il est décidé de permettre à cette dernière d’ouvrir un petit commerce, près de sa maison, pour qu’elle puisse suivre Maryse dans ses activités tant à l’école qu’à domicile. Compassion Suisse fournira les fonds pour aider Maryse durant cinq ans, à l’issue desquels sa situation sera réévaluée. Le conseil du CSP explique alors à la tante de Maryse le but de toute la démarche. Le comptable du centre d’accueil s’engage à l’aider à gérer ses finances. De son côté, la tante l’informera chaque mois du développement de son affaire. Le revenu généré par ce travail permet à la tante non seulement d’aider Maryse, mais également ses propres enfants. Compassion fournit également à Maryse de la nourriture, l’uniforme et le matériel scolaire nécessaires.

Aujourd’hui, Maryse peut à nouveau fréquenter le centre de Compassion. Ses activités lui assurent une bonne vie sociale.

Merci pour votre soutien à de tels projets. Il nous aide à venir en aide concrètement à des enfants comme Maryse et à amener de l’espérance dans leur monde.

Texte: Philippe Mermod

 

 


Maryse a trouvé la joie de vivre

Maryse a bientôt 10 ans. Qu’est-ce qu’elle a changé depuis notre dernière rencontre, en 2009!

Cette jeune Haïtienne a eu une petite enfance marquée par de mauvais traitements physiques et psychologiques. La petite Maryse a même connu la brutalité la plus abjecte, selon le responsable du centre d’accueil de Compassion. Née en juin 2003, elle n’a pas connu son père. Sa mère, frappée de démence, était dans l’impossibilité de prendre soin d’elle.

A l’âge d’un an, Maryse a été confiée à une tante âgée. Là encore, elle a été rejetée par ceux qui auraient dû s’en occuper. La fillette a été maltraitée, malnutrie et négligée dans le bidonville Cité Jérémie, à l’ouest de la capitale Port-au-Prince. Durant toutes ces années d’existence, le quotidien de Maryse était fait d’agressions sexuelles, de violence et de haine.

Désemparée, La tante a demandé à Compassion de voler au secours de Maryse
Les faibles moyens économiques de la vieille femme l’ont heureusement poussée à chercher l’aide de Compassion via son programme de survie pour les tout-petits (CSP). Maryse a intégré ce programme en 2004. 
Lors d’une visite de ce centre en 2009, Philippe Mermod, directeur de Compassion Suisse a vu la détresse dans les yeux de cette petite fille. «Nous avons décidé de tout mettre en œuvre pour que Maryse bénéficie d’une meilleure prise en charge», explique le Suisse.
Avec le consentement de sa tante, la petite fille a été confiée à une fidèle de l’Eglise, afin qu’elle veille sur elle sur les plans émotionnel, affectif, social et nutritionnel.

Tout n’est pas résolu
Aujourd’hui encore, Maryse a l’air d’une enfant qui se cherche. Selon le responsable du centre d’accueil, elle présente des lacunes sur le plan scolaire, et son rythme d’apprentissage est lent par rapport aux autres enfants. Tout porte à croire que les mauvais traitements dont elle a été constamment l’objet lors des premières années de sa vie ont de sérieuses répercussions sur son développement affectif et intellectuel.
Pour remédier à cette situation, les responsables envisagent désormais un encadrement psychologique et des cours particuliers en dehors des heures d’école.

Maryse a trouvé la joie de vivre
Alors, certes, tout n’est pas réglé. «Mais lorsque nous avons revu Maryse, fin janvier, elle n’avait plus rien à voir avec l’enfant abattue, désabusée, abandonnée qui nous a tiré les larmes des yeux en 2009. La fillette est à présent souriante. Elle s’intéresse aux autres en partageant volontiers avec ses copains des bonbons que nous lui avions apportés» epxlique Philippe Mermod.
Apparemment, Maryse a retrouvé une partie de l’innocence des autres enfants. Physiquement, elle est en pleine forme, comme en témoignent les contrôles médicaux les plus récents. «Maryse nous a confié qu’elle se sentait bien dans sa famille d’accueil», ajoute Philippe Mermod.

La réhabilitation se poursuit
Le processus de socialisation se poursuit, selon les responsables du centre d’accueil. Très sociale, Maryse a réussi à se défaire des mauvaises habitudes acquises dans ses premières années. La jeune fille a par ailleurs appris les principes de savoir-vivre. De la petite fille «sauvage» qu’elle était, elle se montre aujourd’hui polie avec les gens de son entourage.
Le responsable du centre estime qu’elle fait jusqu’à présent preuve d’intelligence dans ce processus de réinsertion.  

«Sa famille d’accueil croit en elle»
La découverte d’une famille d’accueil aimante et respectueuse a changé la vie de la petite Maryse. De l’atmosphère violente qui régnait dès sa naissance, elle est passée à un climat de bienveillance. Sa famille d’accueil croit en elle et pose un regard chargé d’espérance sur elle et sur son avenir. Quelle différence !

Maryse aime beaucoup chanter. En plus, elle maîtrise bien le chant. Un signe d’une joie de vivre qu’elle a découverte au cours de ces quatre dernières années.

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Une rencontre marquante

Philippe Mermod se souvient comme si c’était hier de sa première rencontre avec la petite Maryse. Témoignage.

En ce jour de juillet 2009, j’aurais pu passer à côté de cette petite fille à qui j’avais remis un cadeau le matin même sans me poser de question. Lors de ma visite du Centre de survie pour tout-petits, j’avais distribué un cadeau à chaque enfant. J’avais bien remarqué une petite fille un peu plus grande que les autres, mais sans y prêter davantage attention.
Puis, suite à cette visite, on m’avait accompagné dans les maisons de deux mamans bénéficiant du programme du CSP. L’occasion de découvrir leur lieu de vie. Les employées de Compassion profitaient de m’expliquer leur rôle auprès de ces mamans. Dans «Delmas 31», ce quartier de la capitale haïtienne, nous devions nous faufiler dans des ruelles d’un mètre et demi de large. Les maisons se touchaient dans un capharnaüm de constructions anarchiques. Et voilà qu’à l’entrée d’une des maisons, j’ai remarqué cette petite fille, Maryse, serrant contre elle la poupée que je lui avais offerte le matin même.

Surpris de la revoir (et étonné qu’à plus de trois ans, elle fasse encore partie d’un CSP), je me suis renseigné sur son état et sa situation auprès du collaborateur de Compassion Haïti qui m’accompagnait. J’ai alors découvert l’histoire tragique qui se cachait derrière ce visage.

Janvier 2013. Je suis à nouveau en Haïti. Quand je repense à cette rencontre, je réfléchis au destin des enfants démunis que nous aidons. Nous sommes en route pour un centre d’accueil de Compassion, où plus de 350 enfants sont parrainés, dont Maryse. Il y a également un Centre de survie pour les tout-petits, qui soutient 49 mamans et leurs bébés.

Quatre ans se sont écoulés depuis que nous avons vu Maryse et que nous avons décidé de répondre à sa situation tragique en mobilisant des ressources au-delà du soutien habituel de Compassion.

Je l’aperçois, tout ému. Elle est encore en vie. Que vais-je pouvoir lui dire ? Maryse guigne par la porte du bureau du centre d’accueil, impressionnée et gênée ! Je la serre dans mes bras. Elle est un miracle vivant. Nous faisons la connaissance de la femme de l’Eglise qui l’a prise en charge, «Tante Esther», comme l’appelle Maryse.

Maryse aurait pu mourir
Pourquoi Maryse, pourquoi moi, pourquoi cette minute de juillet 2009, pourquoi cette vie sauvée et pas les autres ? Elle a survécu à sa situation de vie, à la malnutrition et au tremblement de terre de 2010, qui a pourtant frappé sa région de plein fouet.
En la quittant, c’est une petite fille pleine de vie, souriante, complice avec ses copines qui nous fait un signe d’au revoir. Nous repartons en jetant un dernier coup d’œil derrière nous. Je suis penseur. Je crois que Dieu existe et que nos vies sont entre ses mains. Chaque enfant compte pour lui, sans distinction de classe ou de race. Quelle bonne nouvelle !        

Philippe Mermod